Symbolique du chien : fidèle gardien et guide des âmes

Argos qui attend Ulysse vingt ans, Hachikō à la gare de Shibuya, Anubis et Cerbère aux portes des morts : ce que le chien symbolise, d’une culture à l’autre.
Tokyo, gare de Shibuya, au milieu des années 1920. Chaque soir, un akita vient à la gare. Il attend son maître, qui ne reviendra plus. Il reviendra pourtant, lui, tous les jours, pendant presque dix ans. Il s’appelait Hachikō, et son histoire dit déjà beaucoup de la symbolique du chien.
Que symbolise le chien ? D’abord la fidélité, de l’Odyssée d’Homère jusqu’au Japon. Ensuite la protection : il garde la maison, et les Romains l’écrivaient déjà sur leurs seuils. Enfin, dans plusieurs mythologies, il est un guide entre deux mondes : Anubis en Égypte, Cerbère en Grèce, Xolotl chez les Aztèques veillent sur le passage des morts. Compagnon des vivants, le chien veille aussi sur les morts.
À chaque fois, nous séparons l’histoire telle qu’on la raconte de ce qu’on a voulu y voir.
Le chien, symbole de fidélité

De tous les sens du chien, la fidélité est le plus ancien dans nos livres, et sans doute le plus émouvant.
Argos, vingt ans d’attente
Dans l’Odyssée, au chant XVII, Ulysse rentre enfin chez lui après vingt ans d’absence. Il est déguisé en mendiant. Sur le seuil du palais, un vieux chien gît sur le fumier, couvert de vermine : depuis le départ du maître, les serviteurs ne s’occupent plus de lui. C’est Argos.
Le chien, lui, n’est pas dupe du déguisement. Trop faible pour s’approcher, il agite la queue, comme une caresse de loin. Puis il meurt. Il a tenu juste assez longtemps pour revoir son maître. La page Wikipédia consacrée à Argos rappelle qu’il est devenu un symbole littéraire de la fidélité animale.
Hachikō, dix ans à la gare de Shibuya
Revenons à Tokyo. Hachikō naît le 10 novembre 1923. L’année suivante, il est adopté par Hidesaburō Ueno, professeur au département d’agriculture de l’université impériale de Tokyo. Chaque jour, le chien l’accompagne à la gare de Shibuya, puis revient seul l’y attendre le soir. Le 21 mai 1925, Ueno meurt subitement. Hachikō, lui, continue de l’attendre à la gare, soir après soir, jusqu’à sa propre mort en 1935.
En 1932, le journal Asahi Shinbun raconte son histoire, et tout le Japon la découvre. On le surnomme Chūken, « le chien fidèle ». En avril 1934, une statue de bronze est inaugurée à la gare, en présence du chien lui-même. La biographie d’Hachikō sur Wikipédia retrace toutes ces dates.
Un petit chien dans un portrait de couple
La peinture a, elle aussi, fait du chien un signe de loyauté. En 1434, Jan van Eyck peint Les Époux Arnolfini, un tableau aujourd’hui conservé à la National Gallery de Londres. Au premier plan se tient un petit chien. On y lit la fidélité conjugale : le couple se promet ce que le chien donne sans qu’on le lui demande.
Le gardien de la maison

Fidèle, le chien protège aussi ce qu’il aime, et les Romains en ont fait un avertissement.
À Pompéi, dans la maison dite du Poète tragique, une mosaïque montre un chien menaçant à l’entrée, avec deux mots latins : Cave canem, « Prends garde au chien ». L’écrivain Pétrone joue avec ce motif dans le Satiricon : en entrant chez le riche Trimalchion, le narrateur, Encolpe, sursaute devant un chien… qui n’est qu’une peinture.
L’avertissement a traversé les siècles et se lit encore sur bien des portails, en latin ou traduit. Le chien de garde est sans doute le plus concret de ses symboles : celui qui veille pendant que la maison dort.



Un guide entre le monde des vivants et celui des morts

Voici le sens le plus surprenant. Dans bien des mythes, le compagnon des jours de la vie devient le guide de la nuit de la mort. Ces chiens-là ont un nom savant : on les dit psychopompes, parce qu’ils guident les âmes jusqu’au royaume des morts. Un animal psychopompe ne représente donc pas la mort elle-même : il accompagne le passage d’un monde à l’autre.
Anubis, le canidé noir des nécropoles
En Égypte ancienne, Anubis est représenté comme un grand canidé noir couché sur le ventre. Chien ou chacal ? Pour un égyptologue du British Museum, il s’agit probablement d’un chacal. Une hypothèse pour expliquer ce choix : ce canidé rôde la nuit autour des tombes, un comportement que les anciens Égyptiens auraient associé à la mort.
Anubis devient le maître des nécropoles et le protecteur des embaumeurs. Il accueille les défunts et évalue les âmes lors de la pesée du cœur. Il est surtout vénéré à Hardaï, que les Grecs appelaient Cynopolis, « la ville du chien ». La notice Wikipédia sur Anubis détaille ce culte, attesté du XXXIIe siècle avant notre ère jusqu’entre le IVe et le VIe siècle de notre ère.
Cerbère, le chien qui garde la porte des Enfers
Chez les Grecs, le chien ne guide pas les morts : il les garde. Cerbère, fils des monstres Échidna et Typhon, veille sur l’antre d’Hadès. Son rôle est double : empêcher les morts de s’échapper, et empêcher les vivants de venir en reprendre certains.
Rares sont ceux qui ont réussi à passer devant lui. Héraclès le capture : c’est son douzième travail. Orphée le charme par sa musique pour aller chercher Eurydice. Énée et la Sibylle, eux, lui jettent un gâteau soporifique. Même le plus terrible des chiens se laisse amadouer.
Xolotl, compagnon des morts chez les Aztèques
De l’autre côté de l’Atlantique, les Aztèques confient une mission voisine à Xolotl. Ce dieu, le plus souvent figuré avec une tête de chien, accompagne chaque nuit le soleil dans le monde souterrain et guide les âmes des défunts jusqu’au Mictlan, le royaume des morts. Les spécialistes reconnaissent généralement dans sa tête celle du xoloitzcuintle, le chien nu du Mexique. Il incarne aussi l’étoile du soir.
Égypte, Grèce, Mexique : trois civilisations éloignées, et la même intuition. Celui qui nous accompagne le jour nous accompagne aussi dans la nuit. D’autres animaux ont tenu ce rôle de passeur : dans la tradition hindoue, c’est un poisson qui guide l’humanité à travers le déluge, comme le raconte notre article sur la symbolique du poisson.
Le chien dans l’histoire chrétienne : un pain et un saint lévrier

Dans l’Europe chrétienne, le chien a joué deux rôles inattendus : celui de sauveur, et même celui de saint, malgré l’Église.
Le chien de saint Roch
Dans l’art religieux, saint Roch se reconnaît à son chien. Atteint de la peste, il se réfugie dans les bois près de Sarmato. Une source jaillit, et un chien vient chaque jour lui apporter un pain, que son maître lui faisait sans doute porter. Ce maître serait le noble Gothard Pallastrelli. En Bretagne, où son culte est très vivant, une statue de l’église de l’île de Bréhat montre même le chien qui lèche la plaie du saint.
Guinefort, le lévrier vénéré dans la Dombes
Une histoire bien française, maintenant, et l’une des plus étranges. Vers 1250, le dominicain Étienne de Bourbon rapporte qu’on rend un culte, dans la Dombes, près de Lyon, à… un chien. Guinefort était un lévrier. Selon la légende, il tue un serpent qui allait mordre l’enfant de son maître, un chevalier. Le chevalier trouve l’enfant couvert de sang, croit le chien coupable et le tue. Puis il découvre le serpent déchiqueté, et l’enfant qui se réveille, indemne.
Comprenant son erreur, le chevalier enterre le lévrier et plante un buisson sur sa tombe. Les gens du pays prêtent bientôt au « chien martyr » le pouvoir de guérir les enfants. Étienne de Bourbon fait déterrer et brûler les restes du chien, ainsi que le buisson. Rien n’y fait : le culte du saint lévrier se maintient pendant des siècles, jusqu’aux années 1930.
Le Chien dans l’astrologie chinoise
En Chine, le Chien est le onzième des douze animaux du zodiaque, entre le Coq et le Cochon. Il correspond à la branche terrestre Xu. La tradition astrologique chinoise lui prête des qualités proches de celles que l’Europe lui reconnaît : il serait sensible à l’injustice, intelligent et serviable.
Le chien a-t-il une signification spirituelle ?
On cherche souvent la « signification spirituelle » du chien. Les traditions en donnent plusieurs, et elles se rejoignent :
- dans les mythes égyptien, grec et aztèque, le chien veille sur le passage entre la vie et la mort ;
- dans l’histoire chrétienne, il nourrit saint Roch malade et, dans la Dombes, il a même été prié comme un saint ;
- dans la littérature et l’histoire, d’Homère à Tokyo, il incarne une fidélité qui survit à l’absence, et même à la mort du maître.
Le fil commun ? La présence. Le chien reste quand les autres s’en vont. Au-delà de ces traditions, si un chien vous fait penser à la joie, l’enfance ou un compagnon disparu, c’est une lecture personnelle, et elle vous appartient. Le chat, son éternel voisin, a lui aussi changé de sens d’un pays à l’autre : nous racontons pourquoi le chat porte bonheur.
Offrir un chien : quel message ?
Avec toutes ces histoires, un chien trouve sa place dans bien des occasions :
- une amitié de longue date, en hommage à Argos et à Hachikō ;
- un anniversaire de mariage, en clin d’œil au petit chien des Arnolfini ;
- une nouvelle maison, pour le chien qui veille sur le seuil ;
- une personne née une année du Chien ;
- quelqu’un qui vient d’accueillir un chiot ;
- le souvenir d’un compagnon à quatre pattes disparu, comme un guide qui reste à vos côtés.
Pour ces occasions, nos chiens et chiots en broche vont du plus sage au plus espiègle. Quelques mots suffisent ensuite sur la carte :
- « Fidèle au poste, comme Hachikō. »
- « Toujours là, même après vingt ans. »
- « Un gardien pour la nouvelle maison. »
Porter le chien en broche
Un chien en broche, c’est un compagnon qui ne quitte jamais votre manteau. Parmi nos broches fantaisie, plusieurs chiens et chiots font écho à ces histoires. Le chien assis à tête noire, avec son nœud blanc à pois noirs sur acier de couleur dorée, a tout du gardien sage. Le chiot à tête anthracite, aux oreilles bleu lavande et au petit nez rose en cœur, parle plutôt de tendresse ; lui est en acier de couleur argentée. Quant au chien blanc et gris en imperméable à capuche et bottes, en acier de couleur dorée, il est prêt pour la promenade sous la pluie. Tous trois sont des bijoux fantaisie à fermoir aimanté.
Au revers d’un blazer, sur un pull en maille ou sur un sac, un chien se remarque sans en faire trop. Et si vous hésitez encore, d’autres bêtes vous attendent dans la ménagerie des broches animaux.
La symbolique du chien en résumé
D’une tradition à l’autre, le chien reste un compagnon. Voici ses visages, en un coup d’œil :
| Tradition ou source | Récit ou figure | Ce que représente le chien |
|---|---|---|
| Odyssée d’Homère (chant XVII) | Argos | La fidélité : il reconnaît Ulysse après vingt ans |
| Japon (Tokyo, de 1925 à 1935) | Hachikō | La fidélité : presque dix ans d’attente à la gare de Shibuya |
| Peinture flamande (1434) | Le petit chien des Époux Arnolfini | La fidélité conjugale |
| Pompéi | La mosaïque Cave canem | La protection de la maison |
| Égypte ancienne | Anubis | Le maître des nécropoles, qui accueille les défunts |
| Grèce antique | Cerbère | Le gardien de la frontière entre les vivants et les morts |
| Aztèques | Xolotl | Le guide des âmes jusqu’au Mictlan |
| Europe chrétienne | Le chien de saint Roch, le lévrier Guinefort | Le secours et la guérison |
| Zodiaque chinois | Le onzième signe | Un caractère sensible à l’injustice, intelligent et serviable |
Questions fréquentes
Combien de têtes a Cerbère ?▾
Cela dépend des auteurs. On le représente le plus souvent avec trois têtes, mais les descriptions antiques varient : le poète grec Hésiode, par exemple, lui en donne cinquante.
Que déposait-on dans les tombes pour apaiser Cerbère ?▾
Selon la tradition grecque, on plaçait dans la tombe un gâteau de miel destiné à Cerbère, à côté de l’obole réservée à Charon, le passeur des Enfers.
Où repose aujourd’hui Hachikō ?▾
Après sa mort, le 8 mars 1935, Hachikō a été naturalisé : il est exposé au Musée national de la nature et des sciences de Tokyo. Ses restes ont été inhumés au cimetière d’Aoyama, près de la tombe de son maître.
Que signifie le nom du dieu aztèque Xolotl ?▾
En nahuatl, Xolotl peut se traduire par « jumeau », « chien » ou « esclave ». Il est d’ailleurs le protecteur des jumeaux.
Quelles sont les prochaines années du Chien dans l’astrologie chinoise ?▾
Le Chien revient tous les douze ans. Les dernières années du Chien sont 1994, 2006 et 2018 ; les prochaines sont 2030, 2042 et 2054.
