Symbolique du poisson : foi, abondance et persévérance

Signe secret des premiers chrétiens, vœu d’abondance en Chine, carpe qui devient dragon au Japon : ce que le poisson symbolise, d’une culture à l’autre.
Un petit poisson tracé sur un mur, quelques traits à peine. La plupart des passants ne le voient même pas. Ceux qui savent lire ce signe, eux, y reconnaissent un message. La symbolique du poisson n’a pas un sens unique : elle dit la foi, l’abondance, la persévérance ou le salut, selon la tradition.
Que symbolise le poisson ? Tout dépend de qui le regarde. Pour les premiers chrétiens, c’est un signe de foi : en grec, le mot « poisson » réunit les initiales de « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ». En Chine, c’est un vœu d’abondance, parce que « poisson » s’y prononce comme le mot qui veut dire « abondance ». Au Japon, la carpe qui remonte le courant incarne la persévérance. Ajoutez un dieu hindou changé en poisson pour sauver l’humanité du déluge, une déesse et son fils devenus constellation, et une vieille farce du 1er avril : le poisson a beaucoup à raconter.
Pour chaque tradition, on distinguera ce que disent les textes et les objets de ce que chacun peut y lire.
Ichthus, le poisson des premiers chrétiens

Commençons par le plus célèbre des poissons symboliques, celui que vous avez sans doute déjà croisé à l’arrière d’une voiture.
Un mot grec, cinq initiales
En grec ancien, « poisson » se dit ichthus (ἰχθύς). Les premiers chrétiens y ont lu un message caché, lettre par lettre :
- I pour Iêsous, Jésus ;
- CH pour Christos, Christ ;
- TH pour Theou, de Dieu ;
- U pour Huios, Fils ;
- S pour Sôtêr, Sauveur.
Un seul mot, et toute une profession de foi tient dedans. La page Wikipédia consacrée à l’ichthus détaille cet acrostiche et son histoire.
Un symbole repris par les auteurs chrétiens
L’ichthus devient un signe d’identification chrétien. La tradition raconte qu’au temps des persécutions, les chrétiens s’en servaient comme d’un code pour se reconnaître entre eux, et qu’on le traçait en graffiti sur les murs de Rome avant Pâques, pour indiquer le chemin des cryptes.
Les auteurs anciens emploient aussi l’image. Tertullien compare les croyants à de petits poissons qui tiennent leur nom de l’ichthus et naissent dans l’eau. Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, commente l’acrostiche et y voit un nom mystique du Sauveur. Et Clément d’Alexandrie, dans son Pédagogue, cite le poisson parmi les motifs que les chrétiens peuvent porter. Porter un poisson sur soi ne date donc pas d’hier.
Des cryptes aux pare-chocs
Dans les années 1970, le symbole connaît un second souffle aux États-Unis avec le Jesus Movement. On le voit depuis sur des pendentifs, des épingles et des voitures, en signe d’appartenance à la foi chrétienne.
Cinq pains et deux poissons
Si le poisson a pris une telle place chez les chrétiens, c’est aussi parce qu’il nage dans les Évangiles. Le récit le plus connu est celui de la multiplication des pains. Avec cinq pains et deux poissons, Jésus nourrit une foule : « environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants ». Les quatre évangélistes, Matthieu, Marc, Luc et Jean, rapportent la scène.
Aujourd’hui encore, l’église de la Multiplication de Tabgha s’élève près de l’endroit où la tradition situe le miracle. Deux poissons qui suffisent à nourrir des milliers de personnes : difficile de trouver plus belle image du partage.



En Chine, un poisson pour souhaiter l’abondance

Changeons de continent. En chinois, le poisson ne parle pas de foi, mais de prospérité, et tout tient à un jeu de mots.
Le caractère 魚, « poisson », se prononce yu. Le caractère 餘, qui veut dire « abondance » ou « surplus », se prononce aussi yu. D’où une formule de vœux : lian nian you yu (連年有餘), « prospérité et abondance année après année ». Dessiner un poisson, c’est donc souhaiter que la maison ne manque jamais de rien.
L’École française d’Extrême-Orient conserve une estampe populaire illustrant ce vœu. Gravée sur bois au XXe siècle par Yang Luoshu, à Yangjiabu, dans la province du Shandong, elle montre une femme qui tient des pivoines et un enfant qui tient un poisson. Elle formait une paire avec une autre image : on les collait sur les portes de la chambre de la belle-fille pour célébrer le Nouvel An.
Au Japon, la carpe incarne la persévérance

Chaque 5 mai, au Japon, des carpes de tissu flottent au vent au bout de longues perches de bambou. Ce sont les koinobori, hissées pour Kodomo no hi, la fête des enfants. La fête a remplacé l’ancien Tango no sekku, célébré le cinquième jour du cinquième mois lunaire.
Une légende venue de Chine
Pourquoi des carpes ? À cause d’une légende chinoise. Les carpes qui remontent le fleuve Jaune finiraient par s’envoler vers le ciel, changées en dragons. Les koinobori célèbrent ainsi « la force et la persévérance des carpes qui remontent à contre-courant les rivières et cascades ».
Le message est simple, et il parle à tout le monde : ce qui nage contre le courant finit par s’élever. De tous les sens du poisson, c’est sans doute le plus facile à offrir.
Matsya, le poisson qui sauva l’humanité
Dans l’hindouisme, Matsya, dont le nom signifie « poisson » en sanskrit, est présenté comme le premier avatar de Vishnou.
Tout commence, dans le Shatapatha-brâhmana, par un minuscule poisson que Manu trouve dans une rivière. Le poisson l’avertit : un déluge approche, il faut construire un bateau. Quand les eaux montent, le petit poisson, devenu gigantesque, guide le bateau jusqu’aux hauteurs de l’Himalaya. Manu, sa famille et des animaux sont sauvés. Le Mahâbhârata raconte une version proche, où Manu emporte avec lui « la semence de tout ce qui vit sur terre ». Ce récit a été rapproché de celui de l’arche de Noé.
Les deux poissons, signe de bon augure
Le poisson figure parmi les huit symboles de bon augure, l’ashtamangala, sous la forme d’un couple de poissons dorés. À l’origine, ils représentent deux fleuves sacrés, le Gange et la Yamunâ. Dans le bouddhisme, ils évoquent la capacité des êtres à avancer vers la libération sans se noyer dans le samsara, le cycle des renaissances. La branche shvetambara du jaïnisme les compte aussi parmi ses huit symboles.
Avancer sans se laisser engloutir : on retrouve l’idée de la carpe japonaise, et l’on pense aussi à la tortue et sa symbolique de longévité.
Deux poissons dans le ciel
Le poisson est monté jusqu’aux étoiles : la constellation des Poissons dessine deux poissons reliés par une corde. L’auteur latin Hygin, reprenant des sources grecques, en donne l’origine. Poursuivis par le monstre Typhon sur les rives de l’Euphrate, Aphrodite et son fils Éros sont changés en poissons. Leurs queues sont attachées par une corde, pour qu’ils ne se perdent pas dans les flots.
On peut y lire un lien maintenu face au danger, celui d’une mère et de son enfant attachés pour ne pas se perdre.
Le poisson d’avril, une énigme bien française

Reste le poisson le plus familier en France : celui qu’on accroche en douce dans le dos d’un ami, avant de crier « Poisson d’avril ! ». D’où vient-il ? Personne ne le sait avec certitude.
L’explication la plus répandue invoque l’édit de Roussillon, signé par Charles IX en 1564, qui fixe le début de l’année au 1er janvier. Ceux qui continuaient de fêter la nouvelle année à l’ancienne date seraient devenus la cible de plaisanteries. Joli récit, mais il ne tient pas : l’expression « poisson d’avril » apparaît dès 1466 chez Pierre Michault, puis en 1508 chez Eloy d’Amerval, bien avant l’édit. Le sens de farce du 1er avril, lui, n’est attesté qu’au XVIIe siècle.
D’autres pistes existent. Le folkloriste Alan Dundes évoque un mélange de traditions : d’anciens rites de fertilité, le moment où le Soleil quitte le signe des Poissons, et la fin du carême, période où l’on mangeait du poisson. Toutes ces hypothèses sont réunies sur la page Wikipédia du poisson d’avril.
Le poisson a-t-il une signification spirituelle ?
On cherche souvent la « signification spirituelle » du poisson. Pour le poisson, les grandes traditions en disent long, et de façon précise :
- dans la tradition chrétienne de l’ichthus, le mot grec condense une profession de foi en Jésus-Christ, et Tertullien compare les croyants à de petits poissons nés dans l’eau ;
- dans le récit hindou de Matsya, il est le sauveur qui guide l’humanité à travers le déluge ;
- dans le bouddhisme, il nage vers la libération sans se noyer.
Le fil commun ? L’eau. Le poisson vit là où l’être humain se noierait, et il y avance sans peine. Au-delà de ces traditions, si un poisson vous évoque la liberté, le voyage ou le calme de la mer, c’est une lecture personnelle, et elle vous appartient. Le poisson n’est pas le seul animal à changer de sens d’un pays à l’autre : lisez par exemple l’histoire du chat porte-bonheur.
Offrir un poisson : quel message ?
Avec toutes ces histoires, un poisson peut accompagner bien des occasions :
- un Nouvel An ou une nouvelle maison, pour souhaiter l’abondance « année après année », comme en Chine ;
- un examen, un nouveau travail ou une épreuve, en pensant à la carpe qui remonte le courant ;
- une mère et son enfant, en clin d’œil aux deux poissons d’Aphrodite et d’Éros, attachés pour ne jamais se perdre ;
- une personne née sous le signe des Poissons ;
- une personne croyante, pour qui l’ichthus garde tout son sens ;
- un 1er avril, tout simplement, pour une amie qui aime rire.
Quelques mots suffisent sur la carte :
- « De l’abondance, année après année. »
- « Continue de remonter le courant. »
- « Inséparables, comme les deux poissons du ciel. »
Porter le poisson en broche
Un poisson en broche, c’est une version qui ne craint ni le courant ni le 1er avril. Parmi nos broches fantaisie, plusieurs poissons font écho à ces histoires. Un duo de poissons corail et rose, nageant côte à côte, rappelle les deux poissons du ciel. Côté graphique, un poisson façon arête, en acier de couleur dorée avec des surfaces et des strass noirs, joue les contrastes. Enfin, un poisson bleu et blanc aux motifs géométriques, en acier de couleur argentée, évoque plutôt le bord de mer. Ce sont des bijoux fantaisie à fermoir aimanté.
Sur un pull marin, au revers d’une veste en jean ou sur un manteau bleu marine, un poisson trouve naturellement sa place. Pour voir tous les modèles, parcourez notre sélection de poissons, ou laissez-vous tenter par d’autres bêtes dans nos broches animaux.
La symbolique du poisson en résumé
D’une tradition à l’autre, le poisson change de message ; le tableau les rassemble :
| Tradition ou source | Ce que représente le poisson |
|---|---|
| Premiers chrétiens (acrostiche ichthus) | Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ; un code pour se reconnaître |
| Évangiles (Matthieu, Marc, Luc, Jean) | Le partage : cinq pains et deux poissons pour une foule |
| Chine (formule lian nian you yu) | L’abondance, par un jeu de mots sur yu |
| Japon (koinobori du 5 mai) | La force et la persévérance de la carpe qui devient dragon |
| Hindouisme (Matsya, Shatapatha-brâhmana) | Le salut : le poisson qui guide Manu à travers le déluge |
| Bouddhisme (ashtamangala) | La libération, sans se noyer dans le cycle des renaissances |
| Constellation des Poissons (Hygin) | Un lien maintenu face au danger : Aphrodite et Éros attachés l’un à l’autre |
| Poisson d’avril (Pierre Michault, 1466) | Une farce française d’origine incertaine, attestée dès le XVe siècle |
Questions fréquentes
Quelles sont les dates du signe astrologique des Poissons ?▾
Le signe des Poissons correspond à la période du 19 février au 20 mars. Il porte le nom de la constellation des deux poissons attachés par une corde.
Que signifie le nom de l’étoile Alrescha ?▾
Alrescha, l’étoile alpha de la constellation des Poissons, tire son nom de l’arabe et signifie « le Nœud » : celui de la corde qui relie les queues des deux poissons dans la représentation du ciel.
Quel était le premier sens de l’expression « poisson d’avril » ?▾
Dans le plus ancien texte connu qui l’emploie, le Doctrinal du temps présent de Pierre Michault (1466), un « poisson d’avril » est un entremetteur, celui qui porte les lettres d’amour de son maître. Le sens de farce n’apparaît qu’au XVIIe siècle, chez Jean de Labrune en 1691.
Y a-t-il une seconde multiplication des pains dans les Évangiles ?▾
Oui. Matthieu et Marc rapportent un second récit : avec sept pains et quelques poissons, Jésus nourrit quatre mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. Luc et Jean ne rapportent que le premier miracle, celui des cinq pains et des deux poissons.
Que représentent les couleurs des carpes koinobori ?▾
La carpe noire représente le père. La carpe rouge représentait autrefois le fils aîné et figure aujourd’hui le plus souvent la mère. Une carpe s’ajoute pour chaque autre enfant.
