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Scarabée : l’insecte qui faisait rouler le soleil

Par Ma-Broche.fr· 22 octobre 2026
Scarabée : l’insecte qui faisait rouler le soleil

Un bousier qui pousse sa boule, un dieu du soleil levant, des amulettes sur le cœur des momies : ce que signifie le scarabée, de l’Égypte à la Voie lactée.

Sur le sable encore frais du matin, un petit insecte noir avance à reculons. Avec ses pattes arrière, il pousse une boule bien ronde, plus grosse que lui. Il ne flâne pas, il ne fait pas de détour : il file droit, comme s’il savait exactement où aller.

Que signifie le scarabée ? Avant tout le renouveau. Les anciens Égyptiens ont regardé ce bousier rouler sa boule et y ont vu le soleil, poussé chaque matin au-dessus de l’horizon. Le scarabée est devenu l’image de Khépri, le dieu du soleil levant, dont le nom veut dire « celui qui vient à l’existence ». De là viennent les sens qu’on lui prête : la transformation, la renaissance et la protection. On l’a porté en amulette, on l’a posé sur la poitrine des momies, et un pharaon a même fait graver sur des scarabées les grands événements de son règne.

Pour comprendre ce choix, il faut d’abord regarder l’insecte lui-même.

Un bousier qui roule une boule plus grosse que lui

Bousier noir poussant une boule ronde sur le sable, de jour
Il file droit, une boule plus grosse que lui entre les pattes.

Le scarabée sacré en quelques traits

L’insecte des Égyptiens porte un nom savant, Scarabaeus sacer, que lui a donné Linné en 1758. On l’appelle aussi bousier sacré. Il mesure de 26 à 40 mm de long. Son travail tient en une phrase : il façonne des boules de bouse, souvent plusieurs fois plus volumineuses que lui, puis les roule jusqu’à un terrier.

Là, sous terre, il pond un œuf. La larve qui en sort trouve tout autour d’elle de quoi se nourrir. Une boule part sous la terre, une vie nouvelle en ressort : on comprend que la scène ait frappé les esprits bien avant la naissance de l’entomologie.

Un mot pour beaucoup d’insectes

En français courant, « scarabée » ne désigne pas une seule bête. Le mot couvre tout un groupe de coléoptères où l’on range les bousiers, mais aussi les hannetons, les cétoines ou les dynastes (les scarabées rhinocéros). Certains auteurs le réservent aux seuls bousiers. Quand on cherche la signification du scarabée, c’est presque toujours du bousier sacré qu’il s’agit : celui de l’Égypte.

Khépri, le soleil qui se lève chaque matin

Peinture originale : un scarabée pousse un disque solaire au-dessus de l'horizon
Sous leur regard, la boule est devenue un soleil.

Dans la mythologie égyptienne, Khépri est une figure associée au soleil et un symbole de renaissance. On le représente de deux façons : un homme dont la tête est un scarabée, ou un scarabée qui pousse devant lui le disque solaire. Sous le regard des Égyptiens, la boule de bouse est devenue un soleil.

Un nom qui veut dire « devenir »

Le nom du dieu et celui de l’insecte se ressemblent, et ce n’est pas un hasard. Selon la notice de Wikipédia consacrée à Khépri, ce nom vient de kheperer, « scarabée », et du verbe kheper, « venir à l’existence » ou « devenir ». Dans la langue égyptienne, l’insecte et l’idée de se transformer étaient donc voisins. Dire « scarabée », c’était presque dire « naître ».

Un soleil en trois moments

Khépri n’incarne qu’une étape de la course du soleil, celle du matin. Au fil de la journée, l’astre change de nom :

  • au lever, Khépri, le soleil qui renaît ;
  • à midi, Rê, le soleil à son zénith ;
  • le soir, Atoum, le soleil couchant.

La croyance allait plus loin. Khépri faisait renaître le soleil chaque matin, le roulait au-dessus de l’horizon, puis l’emportait la nuit dans l’autre monde pour le ramener le lendemain. Pour ceux qui y croyaient, le scarabée était la promesse que la nuit finit toujours par un matin. On retrouve son image partout dans l’art religieux et funéraire égyptien.

Des scarabées pour se protéger, sceller et accompagner les morts

Scarabée de pierre brune posé sur des bandelettes de lin
Plus grand, plus grave : il accompagnait le mort.

Bien avant les broches fantaisie d’aujourd’hui, le scarabée se portait déjà sur soi. Il n’est pas resté une idée : il est devenu un objet.

Des amulettes qui servaient aussi de sceaux

Des objets en forme de scarabée apparaissent dès la VIe dynastie. Les plus courants sont petits (de 1 à 3 cm), et la plupart sont en stéatite. Leur face plate porte des figures ou des inscriptions : ces petits scarabées servaient à la fois d’amulettes et de sceaux. À partir de la XVIIIe dynastie, on y voit aussi des inscriptions appelant à la bonne fortune.

Les scarabées de cœur, gardiens du défunt

Il existe une version plus grande et plus grave. Les scarabées de cœur, taillés dans une roche dure, mesurent de 3 à 12 cm (6 cm en moyenne). Ils étaient destinés aux momies : on les plaçait sur la poitrine ou entre les bandelettes.

Le musée du Louvre en conserve un en pierre brune, daté de la fin de la XVIIIe ou de la XIXe dynastie. La fiche du Louvre consacrée à ce scarabée de cœur décrit neuf lignes de hiéroglyphes tirées du chapitre 27 du Livre des morts, un texte censé protéger le cœur du défunt dans l’au-delà. L’objet n’est pas percé : on ne le portait pas de son vivant, il accompagnait le mort.

Pourquoi le cœur ? Dans le Livre des morts, une scène célèbre montre une balance à deux plateaux. On y compare le poids du cœur du défunt, qui représente sa conscience, à celui de la plume de Maât, déesse de la vérité et de la justice. Le scarabée de cœur veillait donc sur l’organe que l’on allait peser.

Les faire-part d’Amenhotep III

Le pharaon Amenhotep III a fait graver une série célèbre de scarabées pour annoncer les événements de son règne : son mariage avec la reine Tiyi, la création d’un lac, ses chasses, ses alliances. Ces scarabées étaient remis aux souverains alliés comme des objets de prestige. On en a retrouvé 250 exemplaires. Un scarabée pouvait donc aussi porter une nouvelle, un peu comme un faire-part que l’on garde.

Quand la science regarde le ciel avec le bousier

Bousier noir sur le sable, la nuit, sous la Voie lactée
La bande pâle de notre galaxie lui suffit pour avancer droit.

Les Égyptiens reliaient le scarabée au soleil. En 2013, des chercheurs ont montré qu’un proche cousin du bousier sacré lève bel et bien les yeux vers le ciel, mais la nuit. L’étude, menée par l’université du Witwatersrand à Johannesburg et l’université de Lund en Suède, a paru dans la revue Current Biology. Elle portait sur Scarabaeus satyrus, un bousier qui roule lui aussi sa boule en ligne droite pour s’éloigner du tas de bouse.

Un petit capuchon et un planétarium

Les chercheurs ont coiffé certains insectes d’un petit capuchon, opaque ou transparent, puis les ont testés dehors et sous le ciel artificiel d’un planétarium. Les temps mesurés pour rejoindre le mur du dispositif, rapportés par Futura Sciences, parlent d’eux-mêmes :

  • avec la Lune : 21 secondes ;
  • sans Lune, avec les étoiles : 40 secondes ;
  • sans Lune ni étoiles : 117 secondes ;
  • avec un capuchon opaque : 125 secondes en moyenne ;
  • au planétarium, avec la seule Voie lactée visible : 53 secondes.

Autrement dit, la bande pâle de notre galaxie suffit à guider l’insecte. Selon l’étude parue dans Current Biology et présentée par Futura Sciences, c’est le premier cas documenté d’un animal qui s’oriente grâce à la Voie lactée. Cela ne confirme en rien le mythe égyptien. Mais l’image d’un bousier qui avance en lisant les étoiles lui fait un bel écho.

Ce qui est documenté, ce qui relève de la croyance

Avec le scarabée, faits et croyances se mêlent vite. Essayons de les démêler.

Est documenté ce que l’on peut observer ou vérifier : le bousier roule bien des boules et pond dans un terrier ; les Égyptiens l’ont bien associé à Khépri et au soleil levant ; les amulettes, les scarabées de cœur et la série d’Amenhotep III existent, et des musées les conservent.

Relève de la croyance l’idée qu’un scarabée protège, fait renaître ou porte chance. C’était la foi des anciens Égyptiens. Aujourd’hui, chacun peut y trouver une image qui lui parle : un nouveau départ, une période difficile qui s’achève, un matin après une longue nuit. C’est un sens que l’on choisit d’y mettre, et c’est déjà beaucoup.

Offrir un scarabée aujourd’hui

Ce long passé fait du scarabée un cadeau qui a quelque chose à raconter. Il parlera tout particulièrement :

  • à quelqu’un qui ouvre un nouveau chapitre : un nouveau travail, un déménagement, un retour après une période difficile ;
  • aux passionnés d’Égypte ancienne et de musées ;
  • à celles et ceux qui aiment observer les insectes et la nature ;
  • aux amateurs de bijoux graphiques, qui préfèrent un motif fort à un motif sage.

Un scarabée noir et argenté

Parmi nos broches en forme de scarabée, le modèle actuel joue le contraste : une silhouette en acier couleur argentée qui dessine six pattes et deux antennes, de grands éléments gris foncé à fines stries et des volumes noirs brillants. Il tient grâce à une fixation aimantée. Ce scarabée est plus graphique qu’égyptien : à vous de lui donner le sens que vous voulez, soleil du matin ou simple goût des belles bêtes.

Il trouve sa place au revers d’une veste, sur un manteau ou sur une étole. Côté couleurs, le noir prolonge ses volumes brillants, le gris répond à ses éléments striés, l’écru fait ressortir sa silhouette et le bordeaux lui donne un contraste plus chaud.

Le scarabée n’est pas seul dans sa famille. Les broches insectes rassemblent d’autres petites bêtes chargées d’histoire. Si le sujet vous plaît, nous avons aussi raconté ce que symbolise la libellule et l’histoire de l’abeille comme symbole.

En résumé

La symbolique du scarabée vient de l’Égypte ancienne, où un insecte bien réel est devenu l’image du soleil qui renaît. Chaque sens repose sur une observation ou un objet précis :

Point de départLecture égyptienne ou moderneSens retenu
Le bousier roule une boule devant luiKhépri pousse le soleil au-dessus de l’horizonLe soleil levant
Le verbe kheper, « venir à l’existence »Khépri, « celui qui vient à l’existence »Le devenir, la transformation
Une larve sort d’une boule enfouieImage du renouveau et de la résurrectionLa renaissance
Petites amulettes en stéatiteObjet porté sur soi, qui sert aussi de sceauLa protection
Scarabées de cœur sur les momiesTexte censé protéger le cœur du défuntLe passage vers l’au-delà
Bousier guidé par la Voie lactée (étude de 2013)Découverte scientifiqueUn insecte qui lit le ciel

Une boule, un soleil, un matin qui revient : le scarabée tient tout entier dans ce geste obstiné.

Questions fréquentes

D’où vient le mot « scarabée » ?▾

Il vient du latin scarabaeus, lui-même tiré du grec kárabos. Le mot « carabe », qui désigne une autre famille de coléoptères, a la même origine.

Où vit le scarabée sacré aujourd’hui ?▾

Le bousier sacré vit sur le pourtour méditerranéen, dans presque toute l’Afrique, en Asie Mineure et dans certaines parties de l’Amérique du Sud.

Dans quelle ville égyptienne Khépri était-il adoré ?▾

On l’adorait à Héliopolis.

Les momies portaient-elles des scarabées aux doigts ?▾

Certaines, oui. Au XIXe siècle, l’égyptologue Auguste Mariette a remarqué que des momies de la XIe dynastie portaient un scarabée en amulette au doigt de la main gauche.

Combien existe-t-il de sortes de scarabées ?▾

Il en existe beaucoup. Le Catalogue of Life recensait 2 590 genres dans la seule famille des Scarabaeidae au 23 juin 2023, et chaque genre peut regrouper plusieurs espèces.

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