Libellule : signification et symbolique

Une libellule qui vole en marche arrière, un ancien nom du Japon, un bijou de Lalique admiré en 1900 : découvrez ce que signifie la libellule, du Japon à l’Europe.
Un matin d’été, au bord d’une mare. Une libellule bleue file au ras de l’eau, s’arrête net en plein vol, puis repart… en marche arrière. Il y a de quoi intriguer, et nos ancêtres l’ont été bien avant nous.
Quelle est la signification de la libellule ? Tout dépend d’où l’on regarde. Au Japon, elle est l’insecte de la victoire et porte chance. Dans la mythologie germanique, elle passe pour la messagère de Freyja, déesse de l’amour. Chez les Navajos, elle symbolise l’eau pure. L’Europe chrétienne, elle, en a fait une créature du diable. Victoire, amour, pureté ou crainte : suivez son vol, d’une colline japonaise jusqu’à l’Exposition universelle de 1900.
En chemin, nous distinguerons ce qui est établi (la biologie, l’histoire) de ce qui est raconté (les légendes et les croyances). Les deux ont leur charme, à condition de ne pas les confondre.
Ce que la libellule sait vraiment faire

Avant les légendes, il y a l’animal. Et il est déjà surprenant.
Un as du vol
La libellule appartient à l’ordre des odonates. Elle possède deux paires d’ailes membraneuses qui fonctionnent de façon indépendante : c’est là tout son secret. Résultat, elle sait voler sur place, reculer et filer jusqu’à 36 km/h en pointe, comme le détaille l’article de Wikipédia consacré à la libellule.
Ses yeux sont tout aussi étonnants. Chacun est composé de très nombreuses facettes, et trois petits yeux simples, les ocelles, complètent l’équipement. Utile pour une chasseuse : à tous les âges de sa vie, la libellule est un prédateur.
Une enfance sous l’eau
Ce que l’on voit voler n’est que la fin de l’histoire. La libellule commence sa vie dans l’eau, sous la forme d’une larve qu’on appelle naïade. Elle respire grâce à des branchies et chasse avec une arme redoutable : le « masque », une lèvre inférieure qu’elle déplie d’un coup pour saisir ses proies.
Pour grandir, la naïade mue de 9 à 16 fois. Puis un jour, elle quitte l’eau et l’adulte ailé apparaît. Contrairement au papillon, elle ne passe pas par une étape immobile de chrysalide : sa métamorphose est progressive. Une nuance à garder en tête si vous lisez aussi la symbolique du papillon : les deux insectes ne se transforment pas de la même façon.
Une vie en deux mondes, d’abord sous l’eau puis dans les airs : c’est peut-être pour cela que la libellule fait tant rêver.
Une cousine géante découverte dans l’Allier
La libellule a aussi de très lointains parents. En 1880, dans les mines de Commentry, dans l’Allier, on met au jour les fossiles d’un insecte à l’allure de libellule géante. Charles Brongniart le décrit en 1885 sous le nom de Meganeura monyi.
Son envergure pouvait atteindre 70 à 80 cm. Il vivait au Carbonifère, il y a plus de 300 millions d’années. Ce n’est pas une libellule au sens strict, plutôt une cousine disparue. Mais quelle silhouette, et quelle surprise de la voir sortir d’une mine de l’Allier !
Au Japon, l’insecte de la victoire

Si un pays a fait de la libellule un emblème, c’est bien le Japon. L’archipel compte environ 190 espèces de libellules, et l’histoire commune de l’insecte et des humains y remonte très loin. L’entomologiste Konishi Masayasu la raconte dans « Les îles de la libellule », un article paru en 2004 dans la revue japonaise Nipponia. Il suit la libellule sur trois chemins : les récoltes, les vieux récits du Nihon shoki, puis la victoire des guerriers.
Des libellules sur des cloches de bronze
Les plus anciennes représentations japonaises de libellules ornent des dotaku, des cloches cérémonielles en bronze de la période Yayoi. Les historiens y voient des prières pour une bonne récolte. La libellule était alors perçue comme une alliée des rizières.
Akitsushima, les îles des libellules
En 720, les Annales du Japon (le Nihon shoki) désignent la libellule par son nom ancien : akitsu. On y lit que Jimmu, premier empereur du Japon selon la tradition (son existence n’est pas attestée), aurait contemplé son pays du haut d’une colline du Yamato. Il aurait déclaré que le pays avait « la forme de deux akitsu accouplés ».
Les mêmes Annales racontent une autre scène, sous l’empereur Yūryaku. Pendant une chasse, un taon se pose sur le bras de l’empereur. Une libellule surgit et l’emporte. La plaine prend alors le nom d’Akitsu-no, « la plaine de la libellule ». C’est de là que viendrait Akitsushima, « les îles des libellules », un ancien nom du Japon.
Un pays entier qui a porté le nom d’un insecte : on comprend mieux la place qu’il occupe dans les cœurs.
Kachi-mushi, l’insecte des samouraïs
Au Japon, la libellule est un kachi-mushi, un « insecte victorieux » qui porte chance. On la retrouve sur des casques de samouraïs, sur des armoiries familiales et sur toutes sortes d’objets.
Pourquoi elle ? Le Metropolitan Museum de New York, qui conserve un casque de samouraï orné d’une libellule, en donne la raison : elle vole droit vers sa proie, sans jamais dévier. Pour un guerrier, difficile de trouver meilleur modèle.
Les enfants, eux, l’aiment pour d’autres raisons. Au Japon, on chasse les libellules depuis des siècles : une encyclopédie illustrée du début du XVIIIe siècle en décrit déjà la méthode.




En Europe, de la messagère d’amour à l’insecte du diable
En Europe, l’histoire commence plutôt bien. Dans la mythologie germanique, les libellules sont associées à Freyja, déesse de l’amour, dont elles seraient les messagères.
Puis le christianisme se répand, et la libellule change de camp : elle est diabolisée. L’anglais en garde la trace avec son nom, dragonfly, la « mouche dragon ». Les surnoms deviennent franchement inquiétants :
- « flèches du diable » et « aiguilles de Satan » ;
- « crève-œil » et « tire-sang » ;
- « pique-serpent » ;
- nadoz-aer en breton, « aiguille de l’air », un nom plus souvent compris comme « aiguille de serpent » ;
- martaî-diale en wallon, le « marteau du diable ».
La plupart de ces noms reposent sur une même croyance : on pensait que la libellule portait un dard. Était-ce vrai ? La réponse vous attend dans la FAQ, en fin d’article.
Heureusement, la tendresse n’a pas totalement disparu. En Savoie, on l’appelait « papillon d’amour ». Un dicton y circulait même : si l’on rapporte une libellule à la maison et qu’elle meurt avant d’arriver, c’est un mauvais présage pour ses amours. Dans ces récits européens, la tendresse et la crainte cohabitent.
Chez les Navajos, les Zunis et les Hopis
De l’autre côté de l’Atlantique, la libellule a aussi sa place. Mieux vaut ne pas généraliser : chaque peuple a ses propres traditions. Pour les Navajos, elle symbolise l’eau pure. Pour un insecte qui naît dans l’eau, le choix parle de lui-même.
Elle est aussi un motif fréquent, souvent stylisé en croix à double barre, sur les poteries zunis, dans l’art rupestre hopi et sur des colliers pueblos. Un bol hopi de Sikyátki, en Arizona, daté d’environ 1400 à 1625, est même orné d’une libellule.
Libellule bleue : que signifie-t-elle ?

C’est souvent une libellule bleue qui attire le regard au bord de l’eau. Avant toute interprétation, regardons qui porte ce bleu. En Europe, vous pouvez en croiser plusieurs espèces :
- l’anax empereur, l’une des plus grandes libellules d’Europe : thorax vert, abdomen bleu barré d’une bande noire sur le dessus chez le mâle adulte, tandis que la femelle est verte. Le mâle patrouille autour de son point d’eau pendant des heures et en chasse les autres æschnes ;
- l’orthétrum réticulé : jeune, le mâle est jaune rayé de noir ; adulte, son abdomen se couvre d’une pruine bleue ;
- l’agrion jouvencelle, une demoiselle : le mâle a l’abdomen bleu clair marqué de noir, la femelle est verdâtre.
Vous voyez le point commun ? Chez ces trois espèces, le bleu est surtout la couleur des mâles adultes. La fiche de l’anax empereur sur Wikipédia montre bien ce contraste entre mâle et femelle.
Et la signification spirituelle de la libellule bleue ? Sur les sites de spiritualité, on lui prête souvent un sens particulier. Aucune tradition ancienne ne vient l’appuyer dans les sources que nous avons consultées : libre à vous d’y voir un message, en sachant qu’il s’agit d’une interprétation personnelle.
Ce bleu vous a séduit ? Une de nos broches libellule joue sur des ailes noires, grises et bleu pâle, comme un clin d’œil à ces mâles bleutés.
La libellule en bijou : l’éclat de l’Art nouveau

Retour au Japon une dernière fois, par un détour inattendu. René Lalique (1860-1945), maître verrier et bijoutier, compte parmi les plus importants créateurs de bijoux de l’Art nouveau français. Détail qui a son importance : il avait découvert l’art japonais aux Expositions universelles de 1867 et de 1878.
Lalique puise son inspiration dans la faune et la flore, insectes compris. Il ose des matières alors peu employées en bijouterie : le verre, l’émail, la corne, la nacre. Son pectoral à la libellule, créé vers 1897-1898, est très admiré à l’Exposition universelle de 1900. Calouste Gulbenkian, client et ami de l’artiste, l’acquiert, puis le prête à Sarah Bernhardt. Aujourd’hui, on peut voir des bijoux de Lalique au musée Calouste-Gulbenkian de Lisbonne.
Après 1920, Lalique se tourne vers l’Art déco, et ses bijoux tombent dans l’oubli. Il faut attendre une exposition au musée des Arts décoratifs de Paris, en 1991, pour que leur cote remonte. Pour suivre ce parcours en détail, voyez la biographie de René Lalique.
Les insectes n’ont pas fini d’inspirer les bijoux : papillons, abeilles et libellules se retrouvent aujourd’hui encore dans nos broches insectes. L’abeille a d’ailleurs connu, elle aussi, un destin d’emblème, d’un roi franc jusqu’à Napoléon : son histoire est à lire dans notre article sur le symbole de l’abeille.
Offrir une libellule : quel message ?
Une libellule ne dit pas la même chose à tout le monde. Inspirez-vous des traditions pour choisir votre moment :
- un examen, un concours ou un défi relevé, en clin d’œil au kachi-mushi japonais, l’insecte victorieux ;
- une déclaration ou un anniversaire de rencontre, en souvenir des messagères de Freyja et du « papillon d’amour » savoyard ;
- un nouveau départ, pour une personne qui prend son envol, comme la naïade quitte l’eau ;
- une personne qui aime la nature, les étangs et les balades au bord de l’eau ;
- une amatrice ou un amateur d’Art nouveau ou de culture japonaise.
Le plus important reste de relier la libellule à ce que vit la personne. Quelques mots sur la carte suffisent à faire passer le message :
- « Droit au but, comme une libellule. Bravo ! »
- « Une petite messagère d’amour. »
- « Pour un nouvel envol. »
Porter la libellule au quotidien
Chez Ma Broche, les libellules sont des bijoux fantaisie en acier de couleur argentée, aux ailes grises et bleu pâle, cuivrées ou multicolores, avec un fermoir aimanté : une petite plaque se place derrière le tissu.
Posée au revers d’une veste, sur un manteau ou sur un foulard, elle apporte une note de nature et de légèreté. Pour choisir la vôtre, parcourez notre sélection de libellules. Vous préférez des ailes plus colorées ? Les broches papillon vous attendent.
En résumé
La libellule signifie la victoire et la chance au Japon, l’amour dans la mythologie germanique et en Savoie, l’eau pure chez les Navajos, et elle a longtemps fait peur dans l’Europe chrétienne. Voici ses principaux visages :
| Lieu ou époque | Ce que représente la libellule |
|---|---|
| Japon, période Yayoi | Une prière pour une bonne récolte, sur les cloches dotaku |
| Japon, Annales de 720 | Akitsu, la forme du pays ; Akitsushima, ancien nom du Japon |
| Japon, samouraïs | Kachi-mushi, insecte victorieux et porte-bonheur |
| Mythologie germanique | Messagère de Freyja, déesse de l’amour |
| Europe chrétienne | Insecte « du diable », surnoms inquiétants |
| Savoie | « Papillon d’amour » |
| Navajos | L’eau pure |
| Art nouveau, vers 1900 | Le pectoral à la libellule de René Lalique |
| Libellule bleue | Couleur surtout des mâles adultes ; sens spirituel non documenté par la tradition |
Questions fréquentes
Les libellules piquent-elles ?▾
Non. Les libellules ne piquent pas et ne sont pas dangereuses pour l’homme. Les vieux surnoms comme « aiguilles de Satan » ou « crève-œil » viennent d’une croyance fausse : on leur prêtait un dard qu’elles n’ont pas.
Quelle est la différence entre une libellule et une demoiselle ?▾
En français, « libellule » au sens large désigne deux groupes. Les demoiselles (zygoptères) ont quatre ailes de même longueur, repliées au repos. Les libellules au sens strict (anisoptères) ont des ailes inégales, étalées à plat au repos. « Demoiselle » est simplement le nom courant de ce groupe.
D’où vient le mot « libellule » ?▾
Il vient de Libellula, le nom que Linné donne au genre en 1758. Les dictionnaires actuels le rattachent au latin libella, « niveau », par allusion au vol plané bien horizontal de l’insecte. Le dictionnaire de Littré (1872) proposait une autre piste, un diminutif du latin libellus, « petit livre » : les ailes étalées rappelleraient des feuillets. Cela reste une hypothèse.
Voir des libellules près d’une mare, est-ce bon signe ?▾
Les libellules sont de bons bioindicateurs de la qualité des milieux aquatiques. Leurs larves vivent sous l’eau de deux mois à cinq ans selon les espèces, bien plus longtemps que l’adulte ne vole. Leur présence peut donc renseigner sur la qualité de l’eau de la mare.
Qu’est-ce que « Aka-tombo » ?▾
« Aka-tombo », « La Libellule rouge », est une chanson d’enfants japonaise écrite en 1921. On la chante encore aujourd’hui.
