Marguerite : signification et symbolique de la fleur

Une fleur qu’on effeuille, un nom qui voulait dire perle, la bague d’un roi : découvrez la signification de la marguerite, de l’innocence au « j’y songerai ».
Un pré, un matin de juin. Une enfant cueille une marguerite, la tient par la tige et arrache les pétales blancs, un par un : « Il m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout… » Le dernier pétale tombe. Verdict.
Quelle est la signification de la marguerite ? Dans Le Langage des fleurs de Charlotte de La Tour, paru en 1819, la petite marguerite signifie l’innocence, et la marguerite des prés répond « j’y songerai » : une promesse qui n’en est pas encore une. Ajoutez le jeu de l’effeuillage, et vous tenez la fleur de l’amour qui hésite. Son nom, lui, vient du latin margarita, « perle ». Suivez-la des prés jusqu’à la bague d’un roi de France.
En chemin, nous distinguerons ce qui est établi (la botanique, l’histoire des mots) de ce qui est raconté (le langage des fleurs, les traditions). Les deux méritent le détour, à condition de ne pas les confondre.
Une fleur qui en cache des dizaines

Commençons par une surprise : la marguerite n’est pas vraiment une fleur. Ou plutôt, elle en réunit des dizaines.
Le secret du capitule
En français, le mot « marguerite » désigne surtout la marguerite commune, ou grande marguerite, Leucanthemum vulgare de son nom savant. Elle appartient à la famille des Astéracées. Ce que l’on prend pour une seule fleur est en réalité un capitule : un bouquet serré de nombreuses petites fleurs. Il se compose de deux parties :
- au bord, les ligules blanches, que tout le monde appelle des pétales ;
- au centre, les fleurons jaunes, minuscules et serrés les uns contre les autres.
Autrement dit, quand on effeuille une marguerite, on n’arrache pas des pétales : on retire, une à une, de petites fleurs. La page de Wikipédia consacrée à la marguerite commune décrit cette structure en détail.
Une fleur des prés et des bords de chemin
La grande marguerite est une plante vivace. Elle pousse dans les prés, sur les accotements et dans les bois clairs, et elle est très commune dans toute l’Europe. Vous en avez sans doute croisé des centaines au bord d’une route de campagne, sans leur prêter attention.
Et la pâquerette ?
Sa petite cousine des pelouses, la pâquerette (Bellis perennis), porte aussi le nom de « petite marguerite ». Elle a le même secret : un cœur de fleurons jaunes entouré de ligules blanches. Elle a aussi une habitude charmante, que rappelle la fiche Wikipédia de la pâquerette : elle se ferme la nuit et s’ouvre le matin. Dans le calendrier républicain, le 24 ventôse était même le jour de la Pâquerette.
Cette fleur ronde à couronne de pétales, vous la retrouverez sur plusieurs de nos broches fleurs en forme de marguerite. Mais avant le bijou, il y a eu… une perle.
Un nom qui voulait dire « perle »
Avant d’être une fleur, la marguerite était une perle.
Le mot vient du latin margarita, « perle », lui-même tiré du grec margarítês. Au Moyen Âge, le français l’emploie d’abord dans ce sens : on trouve « margerie », la perle, vers 1130-1140. Le mot ne passe à la fleur que plus tard. On le trouve pour la première fois avec ce sens au XIIIe siècle, dans Aucassin et Nicolette, où il désigne… la pâquerette. Le dictionnaire étymologique du CNRTL retrace ce passage étape par étape.
La perle d’autrefois n’a pas tout à fait disparu. Elle se cache dans une expression que vous connaissez : « jeter des perles aux pourceaux ». Elle vient de l’Évangile selon Matthieu, dont le texte latin dit justement margaritas.
Regardez une marguerite avec ces yeux-là : un cœur doré, une couronne blanche bien ronde. Le rapprochement entre la perle et la fleur se fait presque tout seul.
Les poètes ont suivi. En 1364, Guillaume de Machaut lui consacre un poème entier, Le Dit de la marguerite.




Ce que dit la marguerite dans le langage des fleurs

Au XIXe siècle, on aime les bouquets qui parlent. En 1819 paraît Le Langage des fleurs de Charlotte de La Tour, un recueil qui attribue un message à chaque fleur. La marguerite y reçoit plusieurs sens, selon sa variété. Gardez à l’esprit qu’il s’agit de conventions fixées par un livre, pas de vérités sur la plante. Pour comprendre comment ce code est né, lisez notre guide du langage des fleurs.
La petite marguerite, fleur de l’innocence
Selon Charlotte de La Tour, la petite marguerite, c’est-à-dire la pâquerette, signifie l’innocence. Pour l’expliquer, elle cite Ossian, un cycle de poèmes écossais du XVIIIe siècle. Malvina y pleure Oscar, et le fils d’Oscar, mort avant de naître. Les jeunes filles de Morven consacrent alors la petite marguerite « à la première enfance ». Elle devient « la fleur de l’innocence, la fleur du nouveau-né ».
C’est une légende littéraire, pas une croyance ancienne. Mais elle donne à la petite fleur blanche un sens très doux : celui d’une vie qui commence.
La marguerite des prés : « J’y songerai »
La grande marguerite des prés porte un message plus mystérieux : « J’y songerai ». Le même livre raconte qu’au temps des chevaliers, une dame qui se montrait couronnée de blanches marguerites « était censée répondre j’y penserai » à celui qui demandait à la servir.
Ni oui ni non. Le chevalier pouvait espérer, sans rien tenir pour acquis. On retrouve là le suspense de l’effeuillage : la marguerite est décidément la fleur de l’amour qui hésite.
La marguerite double : un amour partagé
Bonne nouvelle pour les chevaliers patients : toujours selon Charlotte de La Tour, la marguerite double répond « Je partage vos sentiments ». Le doute est levé.
« Il m’aime, un peu, beaucoup… » : le jeu de l’effeuillage

Revenons au pré du début. La formule, vous la connaissez : « Il m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout ». Certaines versions ajoutent « plus que tout ». Le dernier pétale arraché donne la réponse.
Le jeu se pratique dans plusieurs pays, dont la France, avec la marguerite comme avec la pâquerette. Il a même eu les honneurs de la scène : on le voit dans le ballet Giselle de Jean Coralli et Jules Perrot, créé à Paris en 1841. Victor Hugo l’évoque lui aussi dans Les Misérables.
Et d’où vient-il ? Mystère. Les sources que nous avons consultées ne donnent ni son origine ni son âge exact. Le jeu reste ce qu’il est : une petite question posée à une fleur, un jour d’été.
Des rois, des reines et des marguerites

Le jeu de mots entre la perle, la fleur et le prénom n’a pas échappé aux cours royales.
La bague de Saint Louis
Saint Louis épouse Marguerite de Provence en 1234. Selon Charlotte de La Tour, le roi portait une bague ornée d’une guirlande de lis et de marguerites, avec un crucifix et cette devise : « Hors cet anel pourrions-nous trouver amour ? » La bague réunissait ainsi, raconte-t-elle, la foi, la France et la reine.
C’est une tradition rapportée par un livre du XIXe siècle, pas une pièce d’archive. Mais l’idée a de quoi toucher : porter au doigt la fleur au nom de sa reine.
La Marguerite des Marguerites
Près de trois siècles plus tard, Marguerite d’Angoulême (1492-1549), sœur de François Ier et reine de Navarre, s’impose comme femme de lettres. On la surnomme « la Marguerite des Marguerites ». Son recueil, paru en 1547, s’intitule Les Marguerites de la Marguerite des princesses. Perle, fleur ou princesse : le titre joue sur les trois à la fois.
Un prénom longtemps en tête
Du Moyen Âge au XVIIIe siècle, Marguerite compte parmi les prénoms les plus donnés. Sainte Marguerite d’Antioche est la patronne des femmes en couches. Encore un lien avec la naissance, comme la « fleur du nouveau-né » d’Ossian.
La marguerite a-t-elle une signification spirituelle ?
Beaucoup de personnes cherchent la « signification spirituelle » de la marguerite. Dans les sources que nous avons consultées, aucune tradition ancienne ne lui attribue de message spirituel précis.
Ce que l’on trouve, c’est l’innocence et l’enfance que lui prête le langage des fleurs du XIXe siècle, et l’attente amoureuse du « j’y songerai ». Si la marguerite vous inspire autre chose, c’est une lecture personnelle, et elle vous appartient.
Offrir une marguerite : quel message ?
Avec tous ces sens, la marguerite convient à des moments très différents :
- une naissance, en souvenir de « la fleur du nouveau-né » ;
- une déclaration timide, ou une réponse qui laisse la porte ouverte : « j’y songerai » ;
- un amour partagé, en clin d’œil à la marguerite double ;
- une personne prénommée Marguerite, qui porte déjà la fleur dans son nom ;
- une amoureuse ou un amoureux des prés et des fleurs des champs.
L’essentiel, c’est de relier la fleur à ce que vit la personne. Quelques mots sur la carte suffisent :
- « Bienvenue au monde, petite fleur. »
- « J’y ai songé : beaucoup, passionnément. »
- « Une marguerite pour ma Marguerite. »
Vous voulez un message plus appuyé ? Associez-la à une autre fleur et découvrez ce que disent la rose rouge et la rose blanche.
Porter la marguerite en broche
Une marguerite en broche ne fane pas et se porte en toute saison. Chez Ma Broche, les marguerites sont des bijoux fantaisie qui déclinent la fleur de plusieurs façons :
- des pétales émaillés multicolores, rehaussés de strass, sur une monture couleur dorée ;
- une marguerite noire à douze pétales, au cœur crème en relief, avec deux feuilles vertes ;
- deux marguerites superposées en acier couleur argentée, aux pétales crème, gris et noirs ;
- une marguerite noire et une blanche réunies dans un médaillon ajouré.
Toutes se fixent avec un fermoir aimanté. Posez-en une au revers d’une veste, sur un pull ou sur un foulard : le noir et blanc accompagne une tenue sobre, la version multicolore réveille un manteau uni. Pour choisir la vôtre, parcourez notre sélection de fleurs à porter.
Envie de composer un petit bouquet ? Ajoutez une broche coquelicot : cette fleur des champs a elle aussi son histoire, racontée dans notre article sur la symbolique du coquelicot.
En résumé
La marguerite signifie l’innocence et l’amour qui hésite dans le langage des fleurs du XIXe siècle, et son nom voulait d’abord dire « perle ». Le tableau distingue les faits (botanique, origine du nom), les conventions du recueil de 1819 et les traditions rapportées :
| Domaine ou source | Ce que représente la marguerite |
|---|---|
| Botanique | Un capitule : des fleurons jaunes au centre, des ligules blanches autour |
| Origine du nom | Du latin margarita, « perle » ; sens « fleur » attesté au XIIIe siècle |
| Petite marguerite (Charlotte de La Tour, 1819) | L’innocence, « la fleur du nouveau-né » |
| Marguerite des prés (1819) | « J’y songerai » |
| Marguerite double (1819) | « Je partage vos sentiments » |
| Effeuillage | L’amour incertain ; origine inconnue |
| Saint Louis (tradition rapportée) | Bague de lis et de marguerites, pour Marguerite de Provence |
| Marguerite d’Angoulême | « La Marguerite des Marguerites », recueil paru en 1547 |
| Sens spirituel | Aucune tradition ancienne documentée |
Questions fréquentes
Quand fleurit la marguerite ?▾
La marguerite commune fleurit en juin et juillet. Sa cousine la pâquerette, appelée aussi petite marguerite, fleurit presque toute l’année : de quoi trouver une fleur à effeuiller même hors de l’été.
Combien de pétales a une marguerite ?▾
La marguerite commune compte de vingt à trente « pétales », selon Wikipédia. Ce sont en réalité des ligules, les petites fleurs blanches du bord du capitule. Leur nombre varie d’une fleur à l’autre : impossible de prévoir la réponse de l’effeuillage avant d’avoir commencé.
Pourquoi la marguerite s’appelle-t-elle « daisy » en anglais ?▾
« Daisy » vient du vieil anglais dæges eage, « l’œil du jour », parce que la fleur s’ouvre le matin et se ferme le soir. Chaucer l’appelait déjà « eye of the day ». En anglais, Daisy sert aussi de surnom aux Margaret, justement parce que « marguerite » est le nom français de la fleur.
Que signifie la reine-marguerite ?▾
Dans Le Langage des fleurs de Charlotte de La Tour (1819), la reine-marguerite signifie la variété. Attention, c’est une autre plante que la marguerite : venue de Chine, elle est arrivée en France grâce au père d’Incarville, un missionnaire qui en a envoyé des graines au Jardin du roi vers 1730.
La marguerite est-elle une fleur nationale ?▾
Oui, au Danemark : en 1987, elle y a remplacé le trèfle rouge comme fleur nationale, et la reine Margrethe II est surnommée « Daisy » par ses proches. La France n’a pas de fleur nationale officielle ; on associe parfois le bleuet, la marguerite et le coquelicot aux trois couleurs du drapeau.
